Jared Ward PÈRE. MARI. PROFESSEUR. MARATHONIEN OLYMPIQUE.

La concentration, c’est de ça qu’il s’agit pour ce coureur professionnel et père de quatre enfants. Il s’efforce d’éliminer ce qu’il aime le moins pour pouvoir se concentrer sur ce qui compte le plus. Continuez votre lecture pour découvrir pourquoi la course à pied est un moyen pour Jared de donner le meilleur de lui-même.

Q : Comment vous définiriez-vous par rapport à votre profession ? Vous présentez-vous comme professeur, coureur professionnel ou autre chose ? R : Nous nous définissons aux yeux des autres par ce que nous faisons. Et donc si vous passez toute la journée à faire quelque chose (pour moi, une grande partie de ma journée est consacrée à la course à pied), je définis qui je suis pour les autres, que ce soit ce que je crois être ou non. Si vous voulez être fidèle à vous-même, vous devez trouver des moyens de montrer ce que vous êtes vraiment par les choses que vous faites. Je suis toujours un coureur parce que je cours 40 heures par semaine, mais ce n’est peut-être pas ainsi que je me définis au fond de moi. Il y a peut-être une leçon à tirer du fait que nous jugeons les autres en fonction de ce que nous voyons. Peut-être que ce n’est pas ce qu’ils sont au fond d’eux-mêmes.

Q : Comme coureur professionnel, mais aussi en tant que père, professeur, mari, comment gérez-vous votre entraînement en plus de tout le reste ? R : J’aime ma vie. J’aime tout de ma vie. J’essaie d’éliminer les choses que j’aime le moins pour pouvoir faire plus de ce j’aime le plus. Mais courir, c’est le moment où j’arrive à tout couper et c’est juste moi qui me pousse. Les courses ne sont pas forcément les meilleures expériences pour moi. Parfois, il peut s’agir d’une séance d’entraînement magique où tout se passe comme sur des roulettes. Pendant ces minutes où je suis dans ma zone, je n’entends rien d’autre que ma respiration. La vie, c’est assurer un équilibre en se posant la question suivante : « Où puis-je être le plus heureux avec le meilleur retour sur l’investissement ? ». Aider les autres me rend heureux, qu’il s’agisse d’aider mes enfants ou les gens de ma collectivité, ou encore de créer des liens avec d’autres coureurs. Et cet aspect de ma vie me rend très heureux.

Q : Vous enseignez les statistiques à l’université Brigham Young, et lorsque vous prépariez votre maîtrise en statistiques, vous avez présenté votre thèse sous l’angle de la course à pied. Pouvez-vous expliquer un peu ? R : Dans ma thèse, je voulais montrer que même après avoir atteint son sommet sur le plan physique, on peut encore s’améliorer parce que l’on devient plus intelligent. Mais je pense qu’il y a un corollaire à la vie, dans le sens où, à mesure que l’on acquiert de l’expérience, on est capable de continuer à s’améliorer au-delà de ce que la science considère comme un « optimum », parce que l’on apprend à mieux se connaître individuellement. Je voulais savoir ce que faisaient les meilleurs coureurs lorsqu’ils couraient un marathon par rapport aux coureurs plus moyens. Les meilleurs coureurs partent plus détendus, ils finissent plus forts et ils courent en fonction du terrain pour la course. En descente, les meilleurs coureurs courent plus vite et en montée, ils courent plus lentement par rapport à leur allure moyenne; ils tirent donc parti du terrain. Ils reconnaissent que le marathon est une longue course, donc en commençant un peu plus détendu, ils peuvent finir plus fort. De plus, à mesure que les marathoniens vieillissent, ils perfectionnent leur cadence pour le marathon, pour se rapprocher de la façon dont les meilleurs coureurs du monde courent le marathon. Cela suggère peut-être que nous devenons plus intelligents à mesure que nous acquérons de l’expérience, ce qui nous donne la possibilité de continuer à nous améliorer au-delà de notre sommet physique.

Courir, c’est le moment où j’arrive à tout couper et c’est juste moi qui me pousse.

Q : Tout cela ressemble beaucoup à votre façon d’aborder la vie, et de parler de l’équilibre dans votre vie. Votre formation professionnelle en statistiques a-t-elle une incidence sur votre façon de planifier et de vous entraîner dans votre carrière de coureur et, plus généralement, dans votre vie ? R : Nous sommes tous si différents. Et comme je l’ai dit, mon approche de la course et de la vie en général est analytique. « Que font les gens pour devenir le coureur le plus rapide? » « Comment les gens adaptent-ils la cadence de leurs courses pour atteindre la ligne d’arrivée? » « Quelles personnes dans le monde sont les plus heureuses, ou semblent l’être, que font-elles et où passent-elles leur temps? » J’essaie d’en tirer des enseignements, mais au fur et à mesure que j’avance dans la vie et que je vis mes propres expériences, je commence à apprendre à un niveau plus approfondi. Ainsi, lorsque je m’entraînais pour mon premier marathon (je n’avais jamais couru de marathon), je regardais les profils de cadence d’autres marathoniens. Puis, après dix marathons, je connais mon corps et je sais comment il réagit. Maintenant, je m’éloigne un peu de la moyenne, et je me rapproche davantage de Jared, et je dirais que je fais cela dans la vie également. Je pense que c’est un beau mélange de renseignements, d’expérience de vie. Je dirais donc que je tends vers ça dans ma vie et dans la course.

Q : Vous démontrez tellement de convictions, mais êtes aussi profondément enraciné dans les mathématiques, la science et les statistiques. Ces deux aspects se croisent-ils ou se contredisent-ils parfois pour vous ? R : Je considère qu’il s’agit davantage d’une même chose que d’un jonglage entre deux ou trois choses différentes. J’ai essayé de rester fidèle à ce que mon cœur me dicte de faire, à ce qui m’enthousiasme et à ce qui m’apporte une vérité. Et si mon cœur me dit quelque chose de différent, alors je vais le suivre. Je ne vois donc pas tellement les choses comme si mes convictions me poussaient dans une direction et les données dans une autre. C’est plus que mon cœur m’oriente vers ce que je crois être vrai. Et c’est ce sur quoi je peux compter. C’est là que je me sens heureux. C’est là que je me sens satisfait. C’est là que je ressens de la joie. Je suppose donc que je dirais que je suis la joie et que je suis la vérité. Et au fur et à mesure que je suis capable d’analyser les données, j’apprends. Mais à mesure que je suis capable de suivre ce qui se passe dans mon cœur, je suis orienté vers ce que je sens que je devrais faire. Je suppose que c’est ça, les convictions. Mais les convictions ont presque prouvé, comme les données, à maintes reprises qu’elles m’ont conduit là où je me sens heureux.

MAGASINER LES FAVORIS DE JARED

Haut rendement pour un athlète très performant. À l’entraînement ou à la course, la trousse de Jared est remplie de vêtements qui favorisent la vitesse et de chaussures rapides.

J’aime la liberté que la course donne à mon esprit.

Q : Vous arrive-t-il de penser à qui serait « Jared » s’il n’avait pas la course dans sa vie ? R : La course est quelque chose pour moi qui comble beaucoup de mes aspirations. C’est une façon pour moi de me pousser comme je le veux. Je veux me mettre au défi, me concentrer sur ce que je fais et voir combien de temps je peux pousser mon corps et mon esprit. Et c’est l’occasion pour moi de me connecter à une communauté. Mais est-ce que courir me définit? Je ne sais pas. Si je n’étais pas un coureur, j’aime penser que j’aurais pu trouver une autre activité dans laquelle exceller de la même manière. Courir est un moyen, mais pas une fin en soi. C’est une telle bénédiction que ce soit un moyen de subsistance et que je puisse gagner de l’argent et soutenir ma famille grâce à cela. Mais pour moi, ce n’est pas une fin en soi. C’est simplement un moyen de satisfaire tout cela. C’est quelque chose que je fais qui est un très bon exutoire pour beaucoup de choses qui me définissent.

Q : Que signifie courir (et le concept d’être vu comme un « coureur »), pour vous, votre identité, la façon dont vous vous définissez et dont vous vous voyez ? R : Je dirais que je cours comme un moyen d’arriver à mes fins. La course n’est pas une fin en soi. Par conséquent, le coureur n’en est pas vraiment un. Ce coureur est un père et un chercheur et un croyant. Je pousse mon corps et mon esprit à leur limite et je vois ce que je peux faire pour m’influencer et influencer le monde qui m’entoure en étant à mon meilleur. Et, pour moi, la course est le véhicule pour le faire. Donc, dans ce sens, je ne suis pas un coureur. Et peut-être que tout le monde pourrait profiter d’un peu d’introspection dans le même genre. Comme se demander : « Qu’est-ce que je suis et pourquoi suis-je ? ». Et quand nous commençons à penser à ce que nous sommes et pourquoi nous sommes, alors cela libère une motivation puissante pour atteindre notre plein potentiel. Il est important de ne pas être trop ancré dans cette idée que nous sommes ce que nous faisons, parce que cela ne dure pas. Je ne serai pas toujours un marathonien de niveau olympique. Et nous ne serons pas tous toujours ce que nous sommes en ce moment. Mais peut-être que certains aspects de ce que nous sommes ou de ce que nous pouvons devenir durent éternellement et ont une incidence permanente.

Q : La Californie est un endroit si important pour vous dans votre carrière de coureur. Que signifie pour vous de lancer une campagne là-bas ? R : J’aime la liberté que la course donne à mon esprit et courir le long de la plage incarne pour moi une partie de cette liberté. J’ai couru le marathon de Los Angeles en 2015, et c’était mon marathon décisif. C’était mon troisième marathon et les championnats des États-Unis. Et j’ai remporté les championnats des États-Unis, ainsi que l’épreuve d’athlétisme. Je me suis donc classé troisième à l’échelle internationale, mais j’étais le meilleur aux États-Unis. Cela a fait de moi le champion américain en 2015 au marathon de 2015. Et je me souviens être descendu au quai de Santa Monica, comme si je volais et je me sentais bien à la fin de ce marathon. Toute ma famille était là pour m’encourager. Et cette course en 2015 a été passionnante et décisive. Elle m’a permis de préparer l’épreuve olympique de 2016, tenue également à Los Angeles. J’ai compris que ce marathon était le marathon de tous ceux qui avaient investi en moi comme marathonien et la façon de dire merci à mon entraîneur au secondaire, à mes parents, à mes frères et sœurs, à mes coéquipiers et à mes kinésithérapeutes. La façon de leur dire merci était de donner le meilleur de moi-même. Et cette motivation ne m’a pas quitté depuis. Participer à cette course la plus difficile de ma vie m’a permis d’apprendre quelque chose que je n’aurais jamais appris autrement. Donc, Los Angeles est une ville spéciale parce que j’y ai appris des choses qui ont façonné qui je suis aujourd’hui. Il y a beaucoup de choses à Los Angeles qui me touchent profondément. ■

EXPLORER D’AUTRES RÉCITS