Grayson Murphy

GRAYSON MURPHY ÉTUDIANTE. ENVIRONNEMENTALISTE. COUREUSE EN MONTAGNE.

En tant que championne du monde de course en montagne avec un palmarès sur piste (elle s’est classée sixième au steeple-chase lors des essais olympiques aux États-Unis), Grayson Murphy ignore les étiquettes et se concentre sur les routes, les chemins et les montagnes qui l’attendent. Mais elle ne s’est pas toujours vue comme une coureuse. Lisez son entrevue ci-dessous.

Q : Selon vous, qu’est-ce qui vous permet de réussir ? Qu’est-ce qui fait de vous une bonne athlète ? R : Peut-être la ténacité et la souplesse. J’ai eu plus de succès en étant flexible et en suivant le courant, plutôt qu’en étant très stricte à l’entraînement ou en course. C’est pourquoi je cours sur les pistes et les sentiers et cela me réussit. Même si je pense que cela va à l’encontre des recommandations courantes de beaucoup d’entraîneurs, surtout les plus âgés. Je pense que je dois être flexible par rapport à mes besoins et mes envies et par rapport à ce qui se passe autour de moi.

Q : Pouvez-vous nous parler des épreuves qui ont été les plus stressantes pour vous dans votre parcours comme coureuse professionnelle ? R : Je n’ai pas commencé à courir avant l’âge de 19 ans, alors ce n’était pas pour moi un rêve de petite fille. C’est plutôt une nouvelle identité pour moi. Beaucoup de choses sont antérieures à mon identité de coureuse et je ne suis pas prête à les sacrifier. Je vais rentrer chez moi pour Noël. Et certains coureurs ne le font pas. Mais je vais aller voir ma famille parce qu’elle signifie plus pour moi qu’une médaille d’or. C’était difficile d’être dans le genre de système qui met de la pression sur ces choses, parce que pendant un moment j’ai pensé que la seule façon de réussir était, par exemple, de ne pas rentrer à la maison pour Noël, de s’éreinter à l’entraînement et d’être malheureuse et fatiguée tout le temps. Puis, j’ai atteint un point où je n’arrivais plus à faire ça. Je me suis bien sûr demandé si j’allais redevenir bonne un jour, puis je me suis dit : « J’aurai essayé. Je sais quelles sont mes priorités. Et c’est ma collectivité, ma tribu, ma famille ». Puis, après un certain temps, j’ai commencé à me rendre compte que je gagnais. Je réussissais bien mieux qu’avant et j’ai réalisé que je n’avais pas à sacrifier toutes ces choses. Je peux être heureuse, voir des amis et ma famille, sans avoir à consacrer tout mon temps à courir tout continuant à bien réussir.

Q : Ce que vous venez de dire incarne la philosophie de Saucony. On peut être un coureur professionnel et être considéré comme un coureur, et tout n’a pas forcément besoin d’être pareil pour tout le monde. Tous les coureurs ont leur méthode et leur façon de faire. Nous sommes tous ancrés par cette humanité et ces facettes multiples. R : Oui, c’était bizarre de commencer à courir si tard. Je me voyais comme une joueuse de soccer parce que je jouais au soccer à l’université et enfant. Alors, changer et me dire « Je suis une coureuse », c’était un peu bizarre. Maintenant, lorsque je dis que je suis une coureuse, je vois cela un peu comme mon travail. Mais dans l’ensemble, je dirais que je suis une athlète simplement parce que j’aime aussi faire d’autres choses. La course est un de ces sports que j’aime pratiquer, mais en dehors de la course, ma journée est remplie de choses qui n’ont rien à faire avec la course.

Je n’ai pas commencé à courir avant 19 ans. C’est vraiment une nouvelle identité pour moi.

Q : Pendant une course (ou une course d’entraînement), préférez-vous atteindre le sommet ou la descente ? R : Personne ne m’a encore battu au sommet, alors j’aime atteindre le sommet la première. Mais j’aime la descente parce que, pour moi, c’est la partie amusante. Je travaille très fort pour atteindre le sommet et, la descente, c’est un peu une récompense, la raison pour laquelle je fais tout ça. Il y avait la course VK, qui n’était qu’une course vers le sommet, car il n’y avait pas de descente. Donc, c’est un peu comme si, pour moi, la partie amusante n’était pas incluse dans la course et cela représentait une charge mentale différente. Comme si ça allait juste faire mal et que ce serait fini, sans le plaisir de descendre.

Q : Que ressentez-vous lorsque vous courez ? Quel sens est le plus puissant ? La vision et les couleurs ? L’ouïe et les sons de votre environnement? Sentir l’air ? R : Je remarque les couleurs. Les sons sont quelque chose de viscéral pour moi parce que je ne cours pas avec de la musique, alors j’aime écouter, surtout sur la route. Ce n’est pas aussi amusant. Mais sur les sentiers, c’est plutôt amusant d’écouter et de voir quels oiseaux je peux entendre. Ils sont différents partout. J’aime beaucoup les fleurs. Quand elles commencent à fleurir, c’est amusant de voir lesquelles sont en fleurs, d’apprendre leurs noms et d’en choisir une préférée. Le sommet est toujours cool. Vous pouvez voir des vues et des pics et vous avez l’impression d’être au plus haut, aussi haut que vous pouvez l’être sur la Terre à ce moment-là. Je trouve ça vraiment chouette et je ne m’en lasse pas. Il y a toujours quelque chose de cool et à couper le souffle au sommet.

MAGASINER LES FAVORIS DE GRAYSON

Pour atteindre le sommet d’une montagne, courir sur les routes ou se détendre pendant les jours de récupération, voici les indispensables de Grayson, à la course ou non.

Peu importe la surface, je veux simplement
courir.

Q : Avez-vous l’impression d’être souvent étiquetée ou identifiée d’abord comme coureuse à l’extérieur ? R : Oui, et là où je suis frustrée par les étiquettes, c’est lorsque les gens me disent : « Tu es une coureuse de sentiers ». Et je me dis, mais j’ai eu une sixième place aux essais olympiques sur piste. Ou d’autres diront que vous êtes une coureuse de piste qui essaie de courir sur des sentiers. Les coureurs de sentiers m’appellent parfois une « roadie » (coureuse sur route). Mais la surface n’importe pas. Je veux juste courir.

Q : Que diriez-vous à une personne qui dit, de manière dévalorisante, ne pas être coureuse ou coureur ? Par exemple, une personne qui s’intéresse à la course en montagne ou à la course simple, mais qui pense : « Je ne peux pas le faire. Je ne suis pas un coureur/une coureuse ». R : Je dirais que je ne l’étais pas non plus. Je n’ai pas toujours été une coureuse et vous n’avez pas à vous dire coureur. Il suffit de sortir et essayer, de mettre un pied devant l’autre et de le vivre. Je pense que c’est en forgeant qu’on devient forgeron, donc il suffit de se lancer. Cela n’a même pas d’importance si vous allez « lentement ». Et je leur enverrais aussi probablement une vidéo de moi en train de faire de la randonnée, de gagner les courses du championnat des États-Unis, parce qu’il ne faut pas toujours courir tout le temps. Je trouve qu’il y a beaucoup de marche en montagne. Vous n’avez donc pas à aller vite. En fait, bouger son corps dans la nature, c’est par là qu’il faut commencer.

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