L’évolution du rapide : la chaussure
Endorphin Pro.

Un grand merci à : Jared Ward, athlète de Saucony

Neuf jours avant le marathon de New York en 2018, j’ai reçu un appel de Spencer White, le responsable de l’innovation chez Saucony « Nous avons des prototypes de chaussures avec plaque en fibre de carbone pour vous! », puis son ton est devenu un peu plus hésitant. « ... souhaitez-vous les porter pendant la course la fin de semaine prochaine? » Bien qu'il semblait optimiste, il était un peu hésitant sachant que peu d'athlètes professionnels vont vouloir expérimenter quelque chose d'aussi drastique que de nouvelles chaussures sans tests méticuleux. Surtout les athlètes d’élite du marathon. « OK, je vais les essayer », lui ai-je dit. « Oh... OK. Cool », a répondu Spencer, cette fois-ci en semblant soulagé et plein d'espoir. « Nous vous en avons posté trois paires. Chacune est légèrement différente. Essayez-les toutes et faites-moi savoir ce que vous en pensez. »

J’étais emballé. Je ne m'étais pas engagé à les porter et je ne savais pas à quoi m'attendre, mais à BYU, j'avais compilé des statistiques pour l'étude de performance sur les nouvelles chaussures Nike; les résultats m'avaient étonné. Les athlètes ont été, en moyenne, plus performants de 2,7 %. Ce n'était pas les 4 % annoncés, mais quand même un nombre significatif. La question des chaussures a toujours fait partie des discussions concernant la pratique du marathon. Pour la première fois, je commençais à croire les machettes parlant de l’importance des chaussures de course. Elles s'améliorent. Elles deviennent vraiment meilleures. Et c’est arrivé presque du jour au lendemain. Donc, j’avais la possibilité d’essayer une chaussure qui pourrait me rendre plus compétitif. J'étais aux anges.

Les chaussures sont arrivées chez moi lundi après-midi, six jours avant le marathon. Elles étaient vert lime ... au moins elles s’agençaient à l’ensemble. Et elles portaient mon nom. Je me suis demandé s’ils vont le laisser en permanence, si je cours assez vite.

J’ai appelé le docteur Iain Hunter qui est professeur en sciences de l’exercice à BYU et qui fait des recherches sur la mécanique de la course, en supposant qu’il sache quoi faire. Il participe aussi à des marathons et est un excellent athlète qui peut se mesurer à ses étudiants. Cet ami, chercheur et athlète est la personne qu’il me faut.

Son plan était de me faire courir sur un tapis roulant au même rythme que le marathon, puis de mesurer mon absorption d’oxygène quand je portais chacune des trois paires de chaussures et, en plus, des chaussures que j’avais prévu porter pour la course. Mon coach a convenu que ce sera ma dernière séance d’entraînement. « Un seul test avec chaque paire de chaussures n’est pas vraiment scientifique », m’a rappelé le docteur. « Je le sais, me suis-je dit. Je suis un gars aux statistiques. Mais je suis impatient de voir si les résultats pourraient être intéressants.

Je suis arrivé au labo du docteur mardi matin avec un sac à dos plein de chaussures Saucony. Pendant que je me réchauffais, le docteur a mis les chaussures dans un ordre aléatoire pour l’essai, puis a préparé une machine obsolète d’un demi-siècle qui allait enregistrer mon efficacité en termes d’oxygène. Je me suis plaint que je devais porter un pince-nez, qui me forçait à ne respirer qu’à travers un vieux morceau de plastique gênant accroché à un tuyau et coincé dans ma bouche. Le docteur m’a redit que c’est la machine la plus précise qu’ils ont. « Nous n’allons faire qu’une seule course avec chaque paire de chaussures; donc nous ne pouvons pas nous permettre beaucoup d’erreurs, » a-t-il dit. J’ai fait signe que oui, mis le morceau de plastique dans ma bouche, et immédiatement commencé à baver. J’espère que tout était propre …

Première chaussure : le modèle GJHP16. Un 5 min/mile dans chaque chaussure; nous avons enregistré l’efficacité en termes d’oxygène pendant les trois dernières minutes. Je suis entré en douceur dans le rythme du marathon; du moins dans la mesure de ce qui peut être possible avec une cadence de 5 min/mile sur un tapis roulant avec un masque sur mon visage Puis j’ai pris une pause de 2 minutes et je suis passé aux chaussures suivantes; j’étais surtout content de prendre une pause de l’embout buccal plus que la course même. Ensuite? Le modèle GJHP19. La même routine. Puis le modèle Kinvara 9. Celui-là me semblait familier. J’ai fait au moins 100 milles au cours des derniers mois avec ce modèle. Enfin : le modèle GJXT16. Celui-ci semblait différent. C’était plus facile. J’ai fini la répétition et arraché le masque.

J'ai regardé le docteur, « C’est la paire! » « Nous verrons », m’a-t-il répondu, parlant comme un vrai scientifique.

Nous avons transféré les données sur un chiffrier Excel et nous avons fait des calculs statistiques sommaires. Pour les deux premières paires, les résultats que j'ai obtenus ont été essentiellement les mêmes que ceux avec le modèle Kinvara 9. Mais avec la dernière paire, le modèle GJXT16, mon efficacité était impressionnante, avec 4,4 % de plus! Je vais m’en servir pour la course

Le marathon de New York s'est bien passé. J'ai terminé en sixième place et j’ai été le meilleur des Américains. Et, en raison d'une blessure à l'ischio-jambier qui m'avait coûté un mois d'entraînement 11 semaines auparavant, je n'étais pas très optimiste. Un grand point à retenir : les chaussures ne m'ont pas fait mal aux pieds. J'ai constaté que j'aime particulièrement les chaussures dans les descentes; j'avais l'impression de pouvoir voler. Il faut faire attention à la charge musculaire excentrique de la course en descente, pour ne pas endommager excessivement les muscles des jambes. Mais pendant cette course, je n'ai pas eu l'impression de devoir m'en soucier.

J’ai discuté avec Spencer après la course et je lui ai dit que je me sentais libéré dans les descentes. J’avoue, j’ai remarqué la lourdeur de la chaussure dans les montées; une question qu’à la fois le docteur et Spencer avaient déjà pensé.

Au cours des mois qui ont suivi, Saucony a pris les chaussures que j’aimais, les a modifiées légèrement, puis m’a renvoyé des boîtes de chaussures. Différentes plaques, nouveau type de mousse, etc. Puis, le docteur et moi les avons testées de la même façon.

Quelques semaines avant le marathon de 2019, je me suis rendu à Boston pour m’entraîner sur le parcours. Dans le cadre de mon entente avec John Hancock, je pourrais prendre l’avion avec une personne de soutien et rester deux nuitées pour m’entraîner sur le parcours. Comme Saucony a son siège social à Boston, j’ai choisi le docteur comme ma personne de soutien.

Tony, mon représentant Saucony, a emmené le docteur et moi au siège social où nous avons rencontré Spencer, Andrea (la directrice de l’ingénierie des produits), Alec (l’ingénieur de performance) et Darby (l’ingénieur de performance). Nous avons alors reçu une réponse, étoffée d’une raison soutenue par l’expérience, à toutes les questions que le docteur et moi nous nous étions posées. J’ai commencé à réaliser que Saucony avait passé énormément de temps à réfléchir à la conception de ces chaussures. Spencer et l’équipe n’avaient pas chômé. Ils avaient fait plus que de concevoir hâtivement un modèle pour concurrencer avec les chaussures Nike.

« Il ne s’agit pas tant de la plaque que de la mousse », de dire Spencer. « C'est exactement ce que je pense », de répondre le docteur. Ces deux gars, c'est du pareil au même. Je savais que les meilleurs scientifiques possible travaillaient à mes chaussures, et cela m’a donné confiance.

Et puis Andrea est arrivée avec de nouvelles chaussures. L’équipe avait trouvé une mousse plus légère, de 20 pour cent plus léger que celle des chaussures que j'avais utilisées à New York. « Aimeriez-vous en faire l’essai sur le parcours? » J’ai souri.

Ma course d’entraînement avec mon coéquipier de Saucony, Brian Shrader, a été fantastique. Un parcours de vingt-cinq milles, de la ligne de départ à Hopkinton au Mile 25, avec 6 milles avec une cadence en moyenne à moins de 5 min/mile à travers la section Heartbreak Hill. Et cette fois, la montée a été agréable.

Le marathon de Boston a été fantastique. Mon bloc d'entraînement a été solide et équilibré, et j’ai réalisé un record personnel avec un chrono de 2:09:25. J’étais content des chaussures comme elles étaient, mais Spencer avait encore quelques ajustements à faire.

Plusieurs versions de plusieurs chaussures sont apparues sur mon balcon, mais les chaussures se ressemblaient de plus en plus, avec des variations mineures. Oh, oui, et puis-je mentionner qu’on les avait baptisées Endorphine Pro?

Alors que le jour de la course approchait pour mon prochain marathon, celui de New York 2019, Saucony m'a invité à revenir au siège social pour filmer la version finale du Pro. J'étais très enthousiaste. Je n'avais pas vu la version finale, mais je m'étais préparé à ce que le monde entier ait ces chaussures. Quatre semaines avant le marathon, j'ai sauté dans un avion pour Boston.

J'aime toujours voir l'équipe au siège social. Cela me donne l'impression que la marque derrière moi est bien réelle. Alors que je m'amusais à discuter, Andrea est arrivée en tenant des chaussures dans ses mains. Les choses se sont calmées à mesure qu'elle s'approchait. « Ce sont elles? », ai-je demandé, enthousiaste et nerveux. « Ce sont elles », a-t-elle dit, et en écho Spencer a répondu : « Que vous les aimiez ou non ». Mais je les ai immédiatement aimées. La tige avait été réduite pour un look plus épuré. Les contours à la base de la chaussure semblaient lisses et elles me semblaient faites pour la rapidité. « Elles ne sont pas très différentes de la dernière version que vous aviez », a ajouté Spencer.

J'ai essayé l'Endorphine Pro. Spencer a remarqué que ce modèle me faisant pencher plus vers l’avant et avait une base légèrement plus large, ce qui ajoute une meilleure stabilité. J'ai senti l'inclinaison vers l'avant. Et j'ai adoré la légèreté. Ensuite, nous avons filmé de courts segments en rythme marathon sur le tapis roulant pendant les 5 heures suivantes.

Je suis rentré tard, et j'ai dîné à 22 h 30. Je devais être disponible à 5 h 30 le lendemain pour continuer à filmer sur la piste. J'ai toujours pensé que les tournages sont intrigants. Une journée complète de tournage qui va probablement aboutir à une vidéo de 60 secondes

Une fois le « travail médiatique » terminé, il était temps de faire un essai réel avec les chaussures. Mon entraîneur m’avait fixé un rythme de marathon de 12 milles comme entraînement pour la journée. Je n'étais pas très optimiste; je ne me sentais pas super-bien, après ma courte nuit de sommeil et les 8 à 10 heures de tournage au cours des 18 dernières heures, mais j'étais prêt à tester les chaussures

Tony m'a emmené sur le sentier Minuteman. Après un bref échauffement, j'ai changé de chaussures et je suis sorti sur le sentier. J'ai fait une pause pour obtenir une lecture satellite avec ma montre Timex GPS, puis je suis parti.

La course s'est déroulée en douceur, mais il y a eu quelques croisements de routes dans le premier mille, alors j'ai dû faire une ou deux pauses. J'ai cliqué au chrono à 5:07. C'est un peu lent, mais il faut compter les pauses sur la route. Le mille suivant, à 5:12, et mes chaussures se sont délacées. Le début ne semblait pas parfait, mais j'ai commencé à me dire que j’aurais aimé avoir pu dormir plus longtemps avant cette séance d'entraînement. Je m'arrête, je noue mes lacets, puis je repars, avec plus de détermination. 4:57. C'est mieux. Puis 4:53, et celui-là, c’était facile. Puis 4:49, trop vite, je me suis dit, mais j'aime les chaussures. Quand j'ai trouvé mon rythme, j'ai eu du mal à retrouver ma foulée habituelle de marathon. J'ai eu l'impression que les chaussures me poussaient vers l'avant dans une cadence plus proche du demi-marathon. Je ralentis, mais je clique toujours à 4:51. Je me sentais bien. Je n'avais pas dormi, je suis resté debout et j'ai fait de grandes enjambées, peu importe. J’avais trouvé mon rythme et je me sens bien.

Je me suis dit que les deux premiers milles de la séance d'entraînement étaient plutôt un échauffement et j'ai décidé d'en faire 12 en plus des deux premiers, ce qui n'arriverait peut-être pas si mon entraîneur était à côté de moi, mais je me sentais bien. C'est un aller-retour, puisque je m’étais engagé à parcourir la distance supplémentaire. Mais le retour m'a semblé plus facile. Coach Broe (entraîneur de la Saucony Freedom Track, pas mon entraîneur mais un grand consultant) m'a dit plus tard qu'il aurait dû mentionner que c'est une montée à l'aller et une descente au retour. Mon dos était en forme. Dans les derniers milles, je courais autour de 4:40, puis un peu moins que 4:40. J'ai aimé être au niveau de la mer, le sentier relativement plat et les chaussures. Je me suis dit que je pourrais aussi bien faire 13 milles, alors j'ai ajouté un mile de plus. Puis j'ai ralenti.

Je suis revenu à la voiture tout sourire. Tony m'a dit que j'avais l'air heureux. « J’ai eu peut-être le meilleur rythme de ma vie », ai-je dit.

Je viens de courir à un chrono moyen de 4:54, sur 15 milles. Au départ, il y a eu quelques milles plus lents, et je suis très content!

Je m'étais fixé comme objectif de terminer sur le podium à New York. Un objectif que j'étais ravi de partager avec toute l'équipe de Saucony après cet entraînement. Le jour de la course, je me suis réveillé avec l'estomac barbouillé et je n'ai pas pu boire beaucoup pendant toute la course. J'estime que je n'ai consommé que 150 calories, contrairement aux 500 que je consomme habituellement dans un marathon, et dans les derniers milles, ça s'est fait sentir. J'ai fini la course à 2:10:45, assez bien pour la 6e place. C'était une solide performance et, vu l’état de mon estomac, j'étais content.

Maintenant, j'ai parcouru 100 milles de plus dans ces chaussures. Elles restent inchangées cette fois-ci, et cela me convient. Prochain arrêt, les essais à Atlanta. Et quand je regarderai mes pieds sur la ligne de départ, ce sera difficile de ne pas sourire.